Par Anick Arsenault
Quel étrange petit bouquin. Entre fiction et journal intime, entre deux chaises, entre la petite et la narratrice, avec des dates impossibles qui écorchent le temps en l’étirant comme un vieux chewing-gum rendu mince et plein de trous qui laissent passer… qui laissent passer quoi? L’air, l’espace, l’amitié, l’injustice, la bêtise, la conscience sociale, l’humanité? Quel étrange petit bouquin.
Et quelle étrange fille, intègre et intense, désabusée et revendicatrice, violente et empathique. Qui aborde des sujets profonds ou superficiels, qui nous entraîne sur la route avec des camionneurs et des autobus, qui nous emmène dans des squats, des tipis et des refuges, en pleine ville ou dans la vieille forêt du Béryl Ardent. Mais qui surtout nous fait découvrir toute une gamme de personnes vibrantes, de gens incandescents, brûlant sombres ou irisés, des jeunes et des vieux touchés ou plutôt frappés par la vie de plein fouet, un fouet à neuf queues avec des studs et des pics. Des gens qui, à genoux, se redressent, retombent, parfois s’étalent longuement et parfois se relèvent pour avancer debout la tête haute.C’est un livre dérangeant de par toute l’humanité qu’il transpire, dans sa beauté et sa laideur, ses travers et ses espoirs, son égoïsme et sa fraternité. Une série de petits moments, d’anecdotes, de blessures et de parcours. La chienne de vie et ses moments de grâce, parfois. Ses déceptions souvent.
Un beau livre, sans prétention, sans fards, simple, efficace et attachant. Qui nous ouvre les yeux sur des côtés occultés de la société, notre si belle société empreinte d’égalité et de justice.
Ton regard est certes bien différent du mien, mais je tiens à te dire que je trouve ton commentaire de lecture senti et très bien tourné. Il est vigoureux, il secoue.
Rédigé par: Venise | 15 juillet 2009 à 22:03