Le Chapeau de Kafka raconte l’histoire de P., un cadre dans une grande compagnie à New York, mandaté par son patron d’aller chercher un chapeau (ayant appartenu à l’auteur Franz Kafka), que ce dernier a commandé. P. se retrouvera dans une situation saugrenue qui ne correspond pas tout à fait à son ancienne vie d’employé modèle.
L’univers de Kafka m’étant peu familier, j’ai eu peur de ne pouvoir complètement saisir toute la substance du roman. Cette impression n’a duré qu’une page et demie. Je ne connais pas davantage Kafka après la lecture du Chapeau de Kafka, mais Patrice Martin m’a complètement siphonné à l’intérieur des pages de son livre.
Au départ, l’écriture est cartésienne, rangée, saccadée, expliquée. Elle est très justifiée. Comme le style de vie de P., au début du roman. Le protagoniste vit une vie réglée (très comique à l’occasion par le stéréotype qu’elle évoque) dans un monde qu’il n’a jamais remis en question, n’ayant jamais eu l’occasion de le faire. L’histoire elle-même semble engoncée dans un créneau rigide, très planifié. Cette décision de Patrice Martin est judicieuse, amusante et cohérente avec le personnage. Et, par le contraste qu’elle suscite, elle augmente l’intensité et la force de la suite du roman.
Au milieu du roman, P. se pose un geste qui ne lui ressemble pas. C’est à ce moment que toute l’histoire s’emballe. À mesure que l’on voit P. s’habituer à sa nouvelle vie, la trame dramatique du Chapeau de Kafka change elle aussi, pour laisser place à beaucoup plus de libertés. Les limites de l’histoire deviennent moins précises et deviennent quelque peu déroutantes, nous entraînant tout à coup dans la vie d’autres personnages.
Mais le sacrifice d’une histoire linéaire est tout à l’honneur de Patrice Martin, parce que l’intrigue n’en est que plus exaltante : on ne sait plus à quelle fin s’attendre. L’autre fait se chevaucher différents niveaux de fiction. Il mélange des personnages fictifs, des auteurs décédés et il s’intègre lui-même à plusieurs reprises. Mais il s’amuse aussi à brouiller la temporalité de son roman, en faisant se rencontrer tous ces personnages. Le Chapeau de Kafka passe donc d’un roman très carré à une expérience cognitive très stimulante !
Ce roman m’a enchanté. Je l’ai terminé le sourire aux lèvres, avec le sentiment d’avoir participé à une expérience de création. Y a-t-il plus beau sentiment, pour un lecteur ?

Votre présentation me donne envie d'ouvrir ce livre. Merci !
Rédigé par: pagesapages | 15 mars 2009 à 11:26