C’est dans l’ambiance chaleureuse d’un café, rue Maguire, que je rencontre Annie Cloutier, l’auteure de Ce qui s’endigue. La jeune femme de 35 ans, mère de trois garçons, publiait fin janvier son premier roman et, alors qu’elle apprivoisait les émotions fortes liées à la nouveauté et à l’hyperactivité de la sortie du roman, elle s’est livrée avec une belle énergie au jeu des questions.
D’entrée de jeu, quand on lui demande de résumer son roman, Annie Cloutier précise qu’au-delà de l’histoire de deux femmes nées le même jour, de leur enfance à leur mort, il s’agit en fait du regard de l’autre. Une réflexion sur les vies parallèles, quand on regarde l’autre en se demandant si ses choix sont plus intéressants que ceux que l’on fait. Cette idée lui est venue après dix ans passés à la maison à élever ses enfants, alors qu’elle rencontrait d’anciennes amies qui avaient maintenant des carrières.
De là à dire que Ce qui s’endigue, comme plusieurs premiers romans, est autobiographique, il y a une marge. Car Annie Cloutier n’a pas voulu y raconter sa vie. Bien entendu, le choix de camper le récit aux Pays Bas n’est pas étranger au fait qu’elle y a vécu six ans. Mais elle n’est pas tombée dans l’anecdotique face à ce pays fascinant qu’elle a vécu de l’intérieur. Il se distingue dans bien des domaines, mais surtout sur le plan géographique. Situé à quatre mètres sous le niveau de la mer, il subsiste, justement, grâce à des digues. Et les nombreux termes néerlandais qui parsèment le texte, participent à créer une ambiance qui dépayse le lecteur. Et si elle a choisi de situer son histoire aux Pays Bas, c’était pour projeter son imagination ailleurs.
Les lecteurs seront sans doute frappés par la maturité d’écriture d’Annie Cloutier. Ce qui amène forcément la discussion sur sa démarche d’écriture et ses œuvres antérieures. Elle explique que bien qu’elle ait toujours écrit depuis l’enfance, en tenant un journal, et qu’elle a été élevée dans une famille où la lecture et l’écriture étaient valorisées, elle n’a véritablement pris la plume qu’à l’âge adulte, vers 18-20 ans. Un premier roman intitulé Le grand commandeur a été publié à compte d’auteur, après plusieurs démarches de recherche d’éditeur. « Je trouvais que le texte était prêt, et ça traînait. » Ce livre, beaucoup plus autobiographique, selon elle, parle du passage à l’âge adulte. Mais elle ne croit pas qu’on devient écrivain du jour au lendemain. « Ça prend plusieurs années, il faut peaufiner son style. » Elle a ensuite travaillé sur un roman qui n’a pas abouti, mais dont elle a tiré une nouvelle qu’elle essaie de placer. Récemment, la revue Moebius publiait une autre nouvelle, Jutte et la guerre, tirée, cette fois, du roman sur lequel elle travaille actuellement.
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