Par Julie Gravel-Richard
Blanche fait ses boîtes. Elle les empile, ici et là, dans sa maison vide. Elle jette ses vêtements au lieu de les laver. Elle jette ses tasses sales. Blanche, c’est une vieille femme qui s’apprête à quitter la vie. À prendre son dernier train. Samarcande, c’est la destination qu’elle a choisie. Le lieu n’a pas d’importance. C’est la mort, en définitive.
Le nom du personnage, Blanche, n’est pas dû au hasard. Blanche c’est l’absence, ce qu’on ne voit pas. Qu’on ne voit plus. Car vieillir, voir partir autour de soi les gens qu’on a aimés, n’est-ce pas une façon d’être effacé de la réalité, peu à peu?
Ce roman, un peu long, c’est vrai, emporte le lecteur dans les réflexions d’une femme aux yeux ouverts, aimante. Qui fait le bilan de sa vie, de ses deuils, en parlant à son mari décédé. Ce procédé narratif m’a quelque peu agacée au départ, mais j’ai vite fait de m’y habituer, de me laisser bercer. Plusieurs passages sont particulièrement émouvants et je me suis surprise plus d’une fois à essuyer une larme.
Le talent de l’auteur, Danièle Trussart, est de réussir à mettre en mots une réalité banale, celle de la vieillesse, celle qui se voit marginalisée, mise de côté. Celle qui nous guette tous, aussi. Et Le train pour Samarcande est empreint d’une humanité toute simple. D’une lumière, d’une couleur particulière, sans doute héritée de sa vision de peintre.
Bien qu’il s’agisse d’un premier roman, il est clair qu’une grande maturité était nécessaire à l’écriture. Ainsi, (…) « avec le temps, le cœur se creuse comme une grotte dans laquelle l’eau suinte et forme, au fil des secondes, des stalactites et des stalagmites. Oui, avec le temps, on peut marcher à l’intérieur de soi, puis s’asseoir sur une pierre humide et écouter les voix qui résonnent… »
Oui. Il semble bien que Trussart se soit assise, pour écouter ses voix. Et son écriture réussit à nous faire monter dans un train à destination de l’âme.
Un très beau commentaire Julie! Comme moi, je pense que tu as été touchée par la sensibilité de l'auteure. J'aime beaucoup la citation choisie.
Rédigé par: Jules | 15 février 2009 à 08:28
Sérieusement, je pense qu'au fil de ma lecture, j'ai "choisi" inconsciemment, d'aimer ce livre. Je me suis laissée toucher. Voilà!
Rédigé par: Julie GravelR | 15 février 2009 à 10:21
C'est en effet un roman qui exige une attitude particulière, celle de faire le silence en soi pour entendre la voix de Blanche. En passant, j'adore ta remarque sur son prénom ; ingénieux !
Faut croire que je n'avais pas la bonne attitude ou en tout cas, pas après 10 pages, le maximum que j'arrivais à lire à la fois. Un peu comme le livre de réflexion, de psychologie, ou de philosophie, que j'arrive rarement à avaler par grosses bouchées !
Rédigé par: Venise | 15 février 2009 à 17:59
Dies ist ein großer Ort. Ich möchte hier noch einmal.
Rédigé par: fahrrad | 06 mars 2009 à 15:38