En mai 1845, deux navires quittent l'Angleterre sous le commandement de sir John Franklin. Leur mission: découvrir le fameux passage du Nord-Ouest. La certitude du lecteur: cette histoire finira mal. Le pari de l'auteur: écrire un livre différent qui soit quelque part entre le roman de survie et la description d'une société... l'Empire britannique à l'époque victorienne.
Francis Crozier, commandant du Terror, est le second de l'expédition. C'est à travers son journal que nous sommes témoins de cette expédition dans laquelle l'Empire a investi toute sa confiance et son sens du grandiose. Témoins des doutes du marin, des moments d'espoir, de son amour aussi, pour la belle Sophia, qu'il a laissé derrière lui en Angleterre. En parallèle, nous suivons aussi les mésaventures mondaines de ladite Sophia et de lady Jane (la femme du commandant Franklin), femmes restées derrière mais dont les pensées suivent les marins. Elles pensent aux hommes partis, mais elles ne sont pas en attente pour autant. Il s'agit de deux personnages forts, décidés, des femmes impressionnantes, féministes avant la lettre pourrions-nous dire.
L'histoire nous a appris que cette expédition (véridique) est un échec. Ce n'est donc pas dans son dénouement que ce livre tire sa force, c'est plutôt dans sa complète singularité. Les narrations se succèdent (journal de Crozier, narration traditionnelle du périple, narration de la vie de lady Jane et Sophia, dialogues entre deux matelots, etc.). S'y ajoutent divers éléments un peu comme un scrapbook (carte du ciel, recette de plum-pudding, extraits de théâtre, etc.). Singulier objet que ce roman... et passionnant.
Ce roman a plusieurs grandes qualités: très bien écrit, il fait aussi place à une émotion très subtile. Au premier abord, l'approche me semblait assez descriptive et pragmatique et l'émotion finit par surprendre. J'ai été soudain prise par l'angoisse qui montait en moi... comme un piège de glace qui se referme. Chapeau bas aussi pour le double ton de ce roman: un humour mordant qui critique la société victorienne et la difficile angoisse de ces hommes pris dans les glaces.
Mes petites critiques sont assez ténues. Par moment, certains des éléments ajoutés m'apparaissaient moins essentiels. D'une part, ça fait le charme de l'objet, d'autre part, ça ne fait pas nécessairement avancer le récit (on reconnaît la reine de l'efficacité en moi ici!). De plus, je n'ai aucune patience pour les lettres manuscrites dont je n'arrive pas à déchiffrer la calligraphie.
Des broutilles donc, parce que ce roman me semble un excellent premier ouvrage. Original et unique.


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