« Perlerorneq. C’est le mot par lequel les Esquimaux nomment ce sentiment rongeant le cœur des hommes pendant l’hiver qui s’étire sans fin et où le soleil n’apparaît plus que de loin en loin. Perlerorneq. Rauque comme la plainte d’un animal qui sent la mort approcher. »
Par Caroline
Autant vous le dire tout de suite : j’ai adoré ce roman ! C’est un véritable coup de cœur, une recrue très prometteuse ; je me suis vraiment régalée !
L’histoire commence en 1845 avec le départ d’une expédition - la dernière - de Sir John Franklin. Il part avec deux navires, l’Erebus et le Terror. Le but de cette expédition est de découvrir le passage du Nord-Ouest, passage entre l’Océan Atlantique et l’Océan Pacifique. Sir John laisse derrière lui, en Angleterre, sa femme Lady Jane, ainsi que leur nièce, Sophia.
L’originalité de ce roman réside dans sa forme qui alterne le récit de l’expédition (lui-même, fait sous plusieurs formes : un récit traditionnel, le journal de bord de Francis Crozier, le commandant du Terror, et celui, beaucoup plus laconique, de Sir John) et le récit de la vie de Sophia et sa tante Jane en Angleterre. Nous sommes en pleine époque victorienne, où les femmes se réunissent pour boire le thé, assistent à des bals et où Mr Darcy est le nom d’un petit chien qui aime plonger dans un étang aux canards. (On ose espérer que Lady Jane l’a nommé d’après le héros d’Orgueil et préjugés !) Ces deux récits menés en parallèle sont ponctués de petites touches décalées de par leur forme mais en totale cohérence avec le récit, comme la recette du plum-pudding préparée pour le repas de Noël offert par Lady Jane, une partition de musique, un extrait d’une pièce de théâtre de Cyrano de Bergerac joué sur l’Erebus, etc.
Ainsi s’alternent et se croisent deux histoires. D’un côté, nous avons une centaine d’hommes qui se trouvent en plein milieu de l’Arctique, face à son immensité blanche, sans ligne d’horizon, juste du blanc. Pris dans les glaces, les marins se retrouvent immobilisés pendant des mois au même endroit. Il fait froid, les provisions viennent à manquer. Des hommes meurent. Les commandants doivent prendre des décisions. C’est dur. Et en contrepoint, il y a ces moments mondains passés autour de tasses de thé ou à des bals, où l’ambiance est plus légère, le tout relaté avec humour.
Les personnages sont tous bien croqués et ma préférence va à Francis Crozier et Lady Jane. Le commandant du Terror se livre à nous à travers son journal de bord ; on connaît ses pensées, ses doutes ; son amour pour Sophia est très touchant. Quant à Lady Jane, c’est une femme intéressante, mariée mais indépendante et qui a une véritable âme d’exploratrice : elle voyage en territoires connus et établit des cartes d’endroits inconnus en se basant sur celles faites par d’autres explorateurs.
Et la cerise sur le gâteau : le tout est superbement écrit !
Bien que n’étant pas une spécialiste des romans victoriens, j’ai eu l’impression de plonger en plein dans cette époque. Je me suis régalée. (J’ai envie de lire Jane Austen !) J’ai vraiment été charmée par l’originalité de la forme du roman, le tableau de l’époque victorienne et l’écriture de Dominique Fortier. J’en redemande encore. Et bien sûr, je vous le recommande vivement !

Oh la la, trop envie !! Il me le faut absolument !! :-D
Rédigé par: Cuné | 15 décembre 2008 à 07:38
Caro(line), je crois pas me tromper en disant que nous sommes celles qui avons le plus aimé malgré que cette fois-ci, "il y a de l'amour dans l'air" - c'est une "toune"!
J'espère sincèrement que plusieurs vont s'offrir ce plaisir à lire. Ce que j'ai trouvé le plus difficile dans la rédaction de mon commentaire est d'être obligé de taire plein d'autres choses que j'ai aimées pour respecter une longueur raisonnable de billet.
Rédigé par: Venise | 15 décembre 2008 à 19:25