L’histoire pourrait se résumer simplement : Une Québécoise va visiter en Belgique un homme qu’elle a connu sur Internet. Ils ont trente ans de différence (elle a 28 ans et lui 58), elle ne l’a vu que par le biais d’une photo et ils sont tombés si éperdument amoureux l’un de l’autre par le biais de leurs missives qu’ils ne peuvent supporter d’être séparés plus longtemps.
La Belle, narratrice de cette histoire, arrive donc chargée de fantasmes et d’optimisme. Elle quitte une vie conjugale jugée monotone pour plonger dans une fontaine d’espoirs. Mais cette eau pure qui devait être ravigotante se révèle être une flaque d’eau stagnante… En effet, Edy, l’homme qu’elle rejoint, ne correspond pas à l’image qu’elle s’était faite de lui mais plutôt à un « visage émacié par l’âge et ce regard terne, ceinturé de ridules, sur un nid de cernes creux » (p.8). Dès le premier chapitre, elle sait que ce séjour ne sera pas à la hauteur du scénario qu’elle avait imaginé.
Les personnages évoluent lentement dans quotidien plein de tensions sous un climat pluvieux, monotone. Je n’ai pas réussi à éprouver d’attachement ou de compassion pour Edy et j’aurais aimé savoir quels mots enflammés dans la gueule du loup avaient séduit la Belle assez pour la pousser à traverser l’océan.
Je me demande ce qui retenait la narratrice auprès de cet homme qui lui parle peu ou alors sur un ton bourru, qui passe son temps à écrire à l’ordinateur, aller à l’hôpital, fumer, écouter la télévision et boire du Coca cola. Si au moins il lui faisait l’amour de façon magistrale! S’il l’entraînait hors des sentiers battus! S’ils avaient des discussions enflammées! Je me suis sentie désolée pour elle de ne pas vivre une histoire prouvant que l’amour transgresse toutes les barrières. Comme la Belle le dit : « Je craignais, plus que tout, les vérités douloureuses » (p.56) Et c’est ce déni de la vérité qui la pousse à continuer à fabuler : « Je le comblerais de mon amour, je serais sa muse ; il serait heureux, guérirait de tous ses maux et deviendrait un écrivain notoire. » (p.125)
Je n’ai pas compris pourquoi la narratrice s’acharnait à rester avec lui plutôt que de profiter de ces vacances inopinées pour visiter par elle-même la Belgique. Est-ce parce qu’Edy lui a payé son billet d’avion et qu’elle n’ose le décevoir? Elle ne veut pas non plus avoir à répondre aux questions de ses proches si jamais elle revenait plus tôt que prévu au Québec. Elle constate que, pour elle, l’adage qui veut que l’élixir soit plus important que le flacon est faux: « J’eus honte, finalement, d’être à ce point à la merci des apparences et de ne me consentir le droit d’aimer qu’en regard du jugement des autres » (p.125)
L’histoire est pourtant bien écrite, le vocabulaire recherché (je me suis butée à plusieurs mots, dont valétudinaire, impéritie…). La morosité et l’ambiance de deuil qui ressortent de ce livre sont exacerbées par la mauvaise température qui avait cours en Belgique pendant le déroulement des événements. Malgré quelques belles trouvailles et une réflexion sur ce qui nourrit et détruit l’amour, je suis un peu restée sur ma faim.

À lire ce commentaire, si je comprends bien, on se demande pourquoi n'être pas sorti de la gueule du loup si celle-ci était béante. Le thème m'intéresse beaucoup mais je vois que la fin de lecture est remplie de questions plus que de réponses.
C'est certain que j'aurais eu le même réflexe, vouloir comprendre l'attraction du "avant" pour accepter pleinement celle "pendant".
Rédigé par: Venise | 24 octobre 2008 à 12:24