Par Catherine
Ouf!!! Pendant les 200 premières pages je me suis tenue les mâchoires serrées à contourner l'indicible, comme la narratrice elle-même, à ne pas vouloir que tout ça existe. C'est à la page 207 que j'ai explosé: au moment où quelqu'un d'autre pose clairement - un chauffeur de taxi - les yeux sur sa douleur, sur son drame. Cette anecdote de lecture pour dire que le regard de l'autre est souvent nécessaire à la douleur pour qu'elle puisse jaillir. En ce sens, je comprends que cette narratrice qui rêve d'écrire, rêve du Lecteur, de son regard, pour faire sortir sa douleur. Je comprends aussi que Mélanie Gélinas ait dû commencer par cette histoire-là. Et nous en avons aussi besoin.
Certains aspects formels m'ont dérangée davantage: la trame est vraiment très confuse par moment, les transcriptions des carnets d'Anaïs ont souvent brisé mon rythme de lecture, certains dialogues en anglais étaient si prosaïques que ça jurait avec les envolées du reste du livre... Mais, mais... c'est une lecture nécessaire parce qu'elle parle du corps de la femme, de sa fragilité, de ça. Elle parle aussi du besoin de se reconstruire et de repasser pour se faire au travers de sa douleur: ce livre nie la possibilité du déni. Pour ça merci!
La postface est très intéressante pour les intellos de mon espèce. La présence de Derrida en filigranne dans ce travail d'écriture, la marge entre autofiction et fiction, les recherches formelles pour bien marier un fond si difficile à dire. Mélanie Gélinas l'écrit en postface: « Dire le viol suppose la re-production de la perte de l'intimité.»
Après un an de Recrues du mois, je ne peux que souligner les similitudes entre les trois romans de jeunes femmes ayant étudiées en littérature. Celui-ci a une parenté avec La peau des doigts de Katia Belkhodja et même le Judas de Tisia Trifiatis. Dans tous les cas on cherche, plus ou moins adroitement, à esquisser une histoire plutôt qu'à la raconter. Je ne dirai qu'une chose, peu importe les réserves que j'aurai émises sur l'un ou l'autre roman: continuez comme ça mesdames, j'aime ça!
PS à l'éditeur: Malgré le logo de protection des arbres que vous affichez partout, il me semble étrange d'avoir choisi une mise en page qui implique cinquante versos blancs!

Je te seconde dans la note à l'éditeur. Je ne suis pas très "verte" en général, mais c'est vrai que c'est du gaspillage!
Rédigé par: Jules | 15 août 2008 à 08:13
Je t'ai déjà dit que j'ai travaillé avec elle, je crois, non? Tout un caractère :).
Rédigé par: Humeur Mtl | 18 août 2008 à 17:23